Janvier s’est achevé, le temps est venu pour moi de vous souhaiter une joyeuse et belle année. Oui, je n’ai souhaité la bonne année à quasiment personne en Janvier, mis à part quelques accidents téléphoniques sous l’influence de substances psychotropes durant le réveillon, ou de conversations sur le vif lors d’hasardeuses rencontres dans la rue. Je trouve ça totalement ridicule qu’on puisse croire qu’un changement numéraire sur le calendrier ait la moindre emprise sur le cours des choses. L’occasion fait le larron, dit-on, mais je ne manque pas d’adresser mes voeux de bonheur, santé et réussite aux gens qui me sont chers quand je les croise ou les quitte, quel que soit le moment de l’année.
2000-Blues donc, c’est le titre de cet article. Oui, selon moi, 2012 sera définitivement blues. Happy fucking bluesy new year !! Je m’explique.
Un très bon ami m’a fait, de la manière la plus intelligente qui soit, pénétrer dans l’univers du blues. Vierge de toute connaissance musicale à ce sujet, j’ai, et ce de longues heures durant, passé un temps infini à l’écouter gratter doucement sur sa guitare des rythmiques blues. Ces dernières, au fil du temps, augmentaient en complexité. Ce à quoi s’ajoutait une écoute régulière de grands classiques blues, puis d’artistes moins connus, puis encore d’autres, inconnus au bataillon.
La véritable compréhension du blues n’est pas donnée à tous. C’est un monde étrange dans lequel on tombe à toute moment sans prises ni harnais, sans parachute ni roue de secours. Pour ne pas tomber, il faut se laisser tomber, sous peine de devenir hermétique à cette musique. Certains diront que ceci s’applique à tout genre de musique, qu’il faut lâcher prise pour se laisser emporter, mais je persiste à dire que c’est faux. Certaines musiques s’écoutent sans mise en condition au préalable, comme certains plats sans saveur se mangent quand la faim prend le dessus. Le blues a cette vertu de ne pas être une musique qui s’écoute seulement sans se ressentir profondément. Le blues laisse rarement insensible.
C’est seulement au moment où l’on comprend que le blues consiste à n’avoir aucun maîtrise des rythmiques, des enchaînements et des sonorités; que ce qui paraissait être une chute sans fin, ni issue possible devient un mouvement perpétuel. C’est la découverte d’un espace gigantesque, tout en apesanteur, où même le mouvement ascendant dont vous ne voyez pas la fin reprendra une courbe ascendante, tout en douceur. Imaginez que vous soyez sur un radeau, perdu en pleine mer, que vous vous sentiez emporté par des vagues si hautes et terrifiantes que vous ne pouvez plus les mesurer. Ces vagues, finalement, au lieu de s’écraser violemment avec vous et sur vous, vous berceront et vous rassureront.
Les sonorités de la musique blues, aussi étranges soient elles, sont vraies, entières. Quand la guitare paraît grincer, qu’une note surgit et donne l’impression d’être tout sauf à sa place, ou encore que deux accords semblent s’enchaîner de manière bâtarde, cela peut laisser entrevoir les prémices d’un mauvais trip sous influence. Pourtant, ce qui suivra rendra toujours le morceau mélodieux et le trip plus doux, voire très agréable. C’est pourquoi le blues peut donner la sensation d’être complètement perdu au milieu de l’immensité des choses, puisque rien n’est prévisible. Mais pour autant, le joueur de blues, tout comme celui qui l’écoute sait que quoiqu’il en soit, un jour ou l’autre, la mélodie qui semble s’égarer retombe sur ses pattes. Une retombée qui n’est pas forcément agréable, certes, mais le blues a cette force d’être vrai, entier. Savoir qu’on va tomber permet de moins subir l’impact de la chute.
Jouer du blues, c’est savoir dire les choses compliquées de manière simple, avec réalisme. Le blues est une musique qui transpire l’intensité du sentiment, qui peut exprimer tantôt la solitude, l’énervement, la tristesse ou la joie. “Avoir le blues”, c’est déjà avoir pris conscience de l’inéluctable suite des évènements, bonne ou mauvaise, car on est conscient de son état profond, heureux ou malheureux. L’usage qu’on donne dans son essence même au mot blues dans la langue française est erroné, je trouve. Le blues laisse entrevoir de l’espoir, et nous dit que tout s’arrange, même mal.
Voilà pourquoi j’espère que 2012 soit blues. J’ose imaginer que le pire est déjà fait, ou alors qu’il n’y en a plus pour très longtemps avant d’atteindre le creux de la vague, le fond du trou. J’aime à penser que le meilleur reste à faire, et je veux que le monde ait la force et la lucidité en 2012 de ne pas subir sa situation, et de se battre pour ce qui est précieux et ce qui nous anime tous, l’espoir.
Omer


